Introduction
Déjà au Moyen Age les eaux carbogazeuses, ainsi que les sources de gaz riches en C02, les «mofettes», étaient considérées comme hautement curatives. Lalouette constatait, en l'an 1777, dans une des premières études systématiques ayant été menées en médecine, que des plaies cutanées chroniques et persistantes guérissaient après une série d'applications de CO2.
Au XIXème siècle, de concert avec la médecine basée sur les sciences naturelles, la carbothérapie allait se répandre dans le but de traiter, dans les stations thermales dites du coeur, les maladies du coeur, des vaisseaux et de la circulation. Actuellement, le gaz carbonique appliqué de façon percutanée reste toujours une thérapeutique efficace, basée sur l'expérience des médecins, et dont les résultats sont analysés et évalués scientifiquement.
Hémodynamique
Une augmentation de la concentration du CO2 dans les tissus et dans le réseau circulatoire périphérique entraîne une dilatation des artérioles précapillaires et l'ouverture des capillaires fonctionnellement fermés les résistances périphériques et la pression artérielle diminuent. Les applications de CO2 par inhalation ne peuvent reproduire les effets de l'application cutanée, puisqu'elles déterminent toujours initialement une vasoconstriction ce n'est que l'élévation consécutive de la concentration de CO2 dans les tissus qui dilate les artérioles, même Si le pH reste stable. L'hypercarbie diminue la résistance dans les artères de la peau et des muscles la diminution simultanée du pH dilate principalement les artères cutanées. Dans le système à basse pression, les augmentations locales de la PCO2, sans variations du pH, renforcent la réactivité veinomotrice, l'hypercarbie entraîne localement et par action centrale directe une veinoconstriction, l'acidose a un effet vasodilatateur.
Rhéologie sanguine
Le CO2 influence les caractéristiques de l'écoulement et de la coagulation du sang, il normalise aussi bien une hypercoagulabilité existante qu'une dépression de la fibrinolyse. Des applications répétées de bains carbogazeux améliorent à long terme la fluidité du sang, avec diminution de la viscosité sanguine et plasmatique, ainsi que de l'hématocrite. L'explication réside dans le recrutement de capillaires non perméables, au contenu pauvre en cellules et en protéines, ce qui correspond au mécanisme d'une hémodiluti on pharmacologique (Ernst, Resch et Rumpf, 1990).
Il existe un grand nombre
d'études cliniques contrôlées de l'efficacité de
la carbothérapie. Néanmoins, il n'est pas encore clairement établi,
Si le CO2 agit directement et/ou par des facteurs intermédiaires (précédemment
«missing links»).
Application du C02
Les critères qui interviennent sont :
- le mode d'application, sous forme de gaz ou en solu tion dans l'eau
- la concentration de CO2
- la température
- la surface exposée
- le temps (durée, série, fréquence)
- les éventuelles
combinaisons avec d'autres procédés thérapeutiques.
Le bain de C02 gazeux en sac fermé, tel qu'il est pratiqué à Marienbad et à Royat, met à profit la production de chaleur et l'humidité produite par évaporation au niveau de la peau, la sueur formée servant de véhicule pour le passage transcutané du dioxyde de carbone. Lors de l'application d'eau carbogazeuse agissent toujours en plus l'hydromécanique (l'hydrostase et la poussee d'Archimède) et la température de l'eau.
Une eau contenant du gaz carbonique se prête particulièrement à un rafraîchissement, étant donné que des températures plus fraîches sont subjectivement ressenties comme plus agréables et que la microcirculation cutanée est maintenue.
L'application d'un bain local et celle d'un bain du corps entier diffèrent quant à leurs effets. La pression artérielle et la rhéologie ne sont influencées que par le bain complet. La circulation locale artérielle, veineuse et la microcirculation peuvent être modifiées par des applications partielles. Il y a possibilité d'eliets synergiques. Une séance de bain devrait durer au moins vingt minutes, une cure devrait comporter au minimum 12 séances.
L'efficacité des
injections ou insufflations sous- cutanées de CO est reconnue empiriquement.
Mais il manque chez l'homme des études contrôlées, par exemple
versus azote, comme celles réalisées expérimentalement
sur l'animal par Lecomte et ses collaborateurs.
Indications et contre-indications
La Conférence de
Consensus de Fribourg en Brisgau (l989) précise les indications. La carbocrénothérapie
améliore, en cas de troubles de la circulation artérielle et veineuse
et de la microcirculation, la microcirculation cutanée et le débit
circulatoire global au niveau des extrémités. L'effet est le plus
marqué au cours de la séance de balnéation, mais se manifeste
encore par la suite. Après une série de séances, l'effet
se maintient à long terme.
Angiologie
Le débit artériel est amélioré, aussi bien par les bains de gaz que par les bains en eaux carbogazeuses.
Dans le cas de claudication intermittente du stade Il, et en comparaison avec les résultats de la rééducation fonctionnelle prise comme référence, ont été étudiés l'hyperémie réactionnelle après contrepression suprasystolique, le périmètre de marche contrôlé et tes performances ergométriques de la musculature des mollets. Des applications sériées de C02 améliorent ces paramètres de façon plus sensible que la rééducation fonctionnelle, ce que confirment d'autres investigations.
Le bain partiel limite la vasodilatation à la partie du corps exposée au CO2 , sans abaissement de la pression artérielle, avec augmentation du débit sanguin local, et sans effets «Steal» ou «Borrowing-Lending».
Au stade IV de la nécrose, le bain local de CO2 est une indication classique, il en est de même des applications d'eau carbogazeuse, comme le confirment des études bien documentées. L'application percutanée de C02 est également efficace dans les microangiopathies diabétiques, en quel cas l'effet majeur devrait revenir au déplacement vers la droite de la courbe de dissociation de l'02. La vasodilatation périphérique réalisée fait que cette thérapeutique est indiquée dans les troubles circulatoires fonctionnels et morphologiques des acrosyndromes. Le gaz thermal appliqué localement améliore l'irrigation sanguine au niveau des mains et des doigts, ainsi que la sensation de bien-être subjective, tout en diminuant le degré de gravité et la fréquence des crises.
L'administration percutanée
de CO2 améliore la circulation cérébrale. C'est ainsi qu'en
Europe de l'Est, le bain de gaz complet est prescrit en cas de troubles de l'irrigation
cérébrale et en cas de diminution des fonctions supérieures.
Hypertension artérielle
La diminution des résistances périphériques induite par le C02 est à la base de son indication dans le traitement de l'hypertension artérielle.
Une cure de bains carbogazeux du corps entier de plusieurs semaines fait diminuer, en cas d'hypertension manifeste, les valeurs tensionnelles de repos, avec amélioration de la microcirculation et diminution des résistances périphériques.
Un grand nombre d'observations
légitime cette indication.
Maladies cardiaques
Les bains complets en eau douce ou en eau carboga euse sont contre-indiqués en cas d'insuffisance cardiaque sévère, d'atteinte coronaire et de troubles du rythme cardiaque. C'est dans la phase initiale que les patients courent un risque, quand la résistance périphérique n'est pas encore diminuée. Par contre, des bains carbogazeux partiels et/ou des bains de gaz pourront être pratiqués en cas d'atteintes cardiaques légères. C'est ainsi que les applications de C02 sont d'un bon profit pour des patients avec insuffisance cardiaque des stades NYHA I et Il, après infarctus du myocarde : l'utilisation périphérique de l'oxygène est augmentée de 6 % (Knop{ Hofmann et Plôtner, 1989).
En cas d'hypoxémie, les applications du CO2 augmentent, par ailleurs, la PO2 artérielle. Cette élévation est plus marquée, si les valeurs initiales sont basses, passant de 70 à 85 mmHg, par exemple (Lüderitz, 1970).
Une cure de bains en eau
carbogazeuse fait augmenter le volume d'éjection systolique et le débit
cardiaque, et diminuer simultanément la fréquence cardiaque et
la résistance périphérique. En même temps augmente
l'aptitude à l'effort évaluée par ergométrie, et
la symptomatologie de l'angine de poitrine est atténuée.
Insuffisance veineuse
Une amélioration de la fonction veineuse sous l'effet du CO2 percutané est controversée depuis longtemps. Les faits suivants cependant sont incontestés.
Le CO2 a un effet veinoprotecteur, en cas d'apport de chaleur extérieure, ainsi qu'il apparaît après vingt minutes d'une balnéothérapie active en eau thermo minérale à 36°C et à 600 mg de CO2 par litre d'eau.
L'immersion répétée au long d'une cure en eau thermominérale carbogazeuse de 35 à 37°C améliore la fonction veineuse en cas de varicose et de syndrome post-thrombotique. L'amélioration fonctionnelle après une cure d'application de C02 est équivalente aux résutats obtenus par des stimulations froides répétitives par jets d'eau à 15°C, qui ont un effet de rachaîchissement.
Idéale est la combinaison de compression externe, froid et carbothérapie. Les bains en eau carbogazeuse à 28°C localisés aux jambes améliorent la fonction veineuse, en cas de varicose et de syndrome post-thrombotîque, cette température de l'eau étant ressentie comme agréable, alors que l'eau du robinet à 28°C par contre est ressentie comme désagréable.
La capacité veineuse
augmentée est réduite à la suite d'une séquence
de bains carbogazeux complets, en comparaison avec des bains complets en eau
douce, les deux étant à la même température de 34,5
°C, donc à la neutralité thermique. Ici se trouve donc vérifiée
une action spécifique de la carbothérapie.
Dystrophie sympathique réflexe (algodystrophie)
Au stade T de l'algodystrophie,
le CO2 percutané est responsable d'une atténuation des douleurs,
d'une amélioration des signes cliniques et fonctionnels, d'une réduction
sensible de la durée de régénération et d'un allégement
des recours thérapeutiques. Sont discutés, comme mécanismes
responsables, une sédation végétative systémique
induite par le C02, une résorption de l'oedème, avec normalisation
des échanges de substances, et une analgésie résultant
de la dégradation de substances nociceptives (Mucha, 1992).
Fibromyalgie
Alors que les effets de la carbocrénothérapie sur l'algodystrophie ont été vérifiés par des études contrôlées, les effets positifs sur le rhumatisme des parties molles, tels qu'ils sont attestés par une longue expérience, n'ont pas été évalués à ce jour.
Il en est de même
des perturbations de la régulation végétative, la «dystonie
végétative», pour lesquelles les effets positifs du bain
en eau douce sont mis à profit en une thérapeutique synergique
judicieuse.
Conclusion
Le dioxyde de carbone, prescrit dans les indications justifiées et à des doses contrôlées, est une thérapeutique efficace, naturelle et sans effets secondaires, sur les plans clinique et technique. Néanmoins, et malgré les nombreuses études, il n'est pas encore de consensus général concernant son dosage optimal et son utilisation en thérapeutique différentielle. L'évaluation thérapeutique et les références standard sont actuellement l'objet de recherches de la part d'équipes multinationales. A côté de ces études cliniques, il convient de trouver une méthode élaborée et subtile pour mettre en évidence les mécanismes d'action, et particulièrement les «missing links». Il existe en ce domaine suffisamment de points de convergence scientifiques. C'est ainsi que l'augmentation du C02 modifie, de la même façon que le fait l'activité physique (sport, gymnastique, réadaptation fonctionnelle, kinésithérapie), certains paramètres comme l'antagonisme entre la perfusion cutanée et la perfusion musculaire.
Sur un plan pratique, la C02-thérapie, avec ses nombreuses facettes, est importante avant tout pour les patients qui, du fait de leur âge ou en raison de pathologies associées au niveau de leur système postural et moteur, ne peuvent plus activer suffisamment leur musculature. C'est eux surtout qui profitent de cette thérapeutique de réactivation, qui fait partie de la médecine physique et de la réadaptation fonctionnelle. C'est aussi dans ce sens qu'il convient de définir et d'entreprendre les recherches adéquates.
Traduction : Professeur Georges SCHAFF